Intelligence Artificielle

Le FONEA ouvre les portes du futur à 500 jeunes Congolais
Le Fonds national d’appui à l’employabilité et à l’apprentissage (FONEA) a procédé, ce lundi, au lancement officiel d’une formation aux outils de l’intelligence artificielle (IA). Gratuite et sanctionnée par une certification, cette formation durera huit semaines et accueillera 500 jeunes issus de tous les horizons.
La cérémonie, marquant le début d’un parcours d’apprentissage, s’est déroulée au nom de Rodrigue Charles Malanda Samba, ministre de l’Emploi, de l’Entrepreneuriat et de la Formation qualifiante. Il était représenté par son directeur de cabinet, Corneil Moukala Moukoko. Le FONEA conduit ce programme avec BANTU HUB. Les cours se tiendront à Brazzaville du 20 octobre au 14 décembre 2026, et les apprenants recevront leur certificat le 17 décembre.
Près de deux candidats pour une place
L’intérêt de la jeunesse a largement dépassé les prévisions. Du 10 au 20 septembre, soit en dix jours seulement, 924 jeunes ont déposé leur candidature pour 500 places, un taux de 185 % par rapport à l’objectif fixé. Étudiants, demandeurs d’emploi, entrepreneurs et salariés, tous viennent avec la même ambition : apprendre.
Le directeur de cabinet a salué cette mobilisation, « première victoire » des candidats et « première responsabilité » des organisateurs. Il a promis une deuxième session à Brazzaville ainsi qu’une étape à Pointe-Noire, afin qu’aucun talent ne reste au bord du chemin.
Une formation concrète, pour un usage réfléchi
Pendant huit semaines, les apprenants s’initieront au dialogue avec la machine, à l’automatisation des tâches, à l’analyse des données, à la création de contenus et à la conception de solutions. Le directeur général du FONEA, Patrick Robert Ntsibat, a rappelé que l’IA transforme déjà la façon d’apprendre, de travailler et d’organiser l’information. Elle aide à rédiger, à analyser et à préparer des contenus.
Selon lui, un demandeur d’emploi peut s’en servir pour soigner sa candidature, se préparer à un entretien ou acquérir de nouvelles compétences. Un entrepreneur peut y recourir pour structurer une idée, améliorer sa communication avec ses clients et mieux organiser son activité. Il a cependant averti que ces outils ne donnent de bons résultats qu’avec des connaissances, de la méthode et du discernement. Le programme vise donc à former des jeunes capables d’utiliser l’IA avec efficacité, mais aussi avec esprit critique et sens des responsabilités.
Un potentiel économique encore peu exploité
Ce choix s’appuie sur un rapport de la GSMA, association mondiale des opérateurs mobiles, publié en juin 2026. Ce document révèle un paradoxe : malgré une infrastructure remarquable et une couverture mobile de 89 %, seuls 19 % des Congolais utilisent réellement l’internet mobile.
Le même rapport estime que des réformes ciblées et une montée en compétences de la jeunesse pourraient générer 870 milliards de FCFA de valeur économique supplémentaire d’ici 2030 et créer plus de 144 000 emplois. Pour le DG du FONEA, le numérique n’est plus une simple opportunité, mais une véritable mine d’or pour la diversification de l’économie nationale.
Chômage et informalité : un défi à relever
Le directeur de cabinet a replacé l’initiative dans son contexte. Selon l’enquête de 2022 sur la transition des jeunes vers la vie active, environ quatre jeunes de 15 à 35 ans sur dix sont au chômage dans les grandes villes. Ceux qui travaillent exercent le plus souvent dans l’informel, sans contrat, sans protection et sans perspective d’évolution. « Ce constat n’est pas une fatalité, c’est un appel à agir », a-t-il déclaré.
Le programme s’inscrit aussi dans la Déclaration d’Abidjan, adoptée en décembre 2025 par les institutions africaines de formation professionnelle avec l’appui de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ce texte fait de l’IA un levier pour renforcer les capacités humaines et non un facteur d’exclusion, dans un continent où huit emplois sur dix relèvent de l’informel.
Les jeunes femmes invitées à prendre leur place
La déclaration fixe un objectif d’au moins 40 % de femmes dans les programmes d’IA. Or elles ne représentent aujourd’hui qu’un quart des candidatures. « Votre place est dans cette salle, dans les métiers de demain », leur a lancé Corneil Moukala Moukoko, en demandant au président de BANTU HUB d’y veiller pour la prochaine session.
Un engagement de l’État et un appel au secteur privé
Les orateurs ont rappelé les orientations du chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, arrêtées lors du Conseil des ministres du 6 mai 2026 : digitalisation de l’administration, rétablissement du visa électronique, numérisation des procédures financières et simplification des démarches administratives. Le programme s’adosse également au Plan national de développement 2022-2026, à la stratégie Congo Digital 2030 et au Projet d’accélération de la transformation numérique (PATN), soutenu par la Banque mondiale.
« Derrière chaque visa délivré en ligne, derrière chaque recette publique numérisée, il faudra des compétences », a insisté le directeur de cabinet. Il a invité les partenaires techniques et financiers ainsi que le secteur privé à ouvrir leurs portes aux apprenants, à proposer des stages et à soutenir l’extension du programme.
S’adressant aux 500 « pionniers », le DG du FONEA les a encouragés à ne pas se contenter de consommer la technologie : « Soyez-en les architectes et les acteurs. »
Commentaire : un pari à transformer en habitude
À l’attention de M. Patrick Robert Ntsibat, directeur général du FONEA
En lançant ce programme, le FONEA fait un pari audacieux : celui de faire de l’intelligence artificielle un outil d’emploi et non un privilège réservé à quelques-uns. Le succès des inscriptions en est la meilleure preuve : la jeunesse congolaise veut apprendre, et elle répond présente quand l’État lui tend une main sérieuse.
Monsieur le Directeur général, l’engagement que vous avez porté avec constance mérite d’être salué. Il faudra maintenant le prolonger. Le défi ne se limite pas aux huit semaines de cours : il consiste à accompagner les 500 diplômés vers un stage, un emploi ou la création d’une entreprise. Il consiste aussi à faire une place réelle aux jeunes femmes, aujourd’hui minoritaires, afin d’atteindre l’objectif de 40 %. Si les deux prochaines sessions, à Brazzaville et à Pointe-Noire, tiennent leurs promesses, cette première promotion pourrait bien devenir le point de départ d’une nouvelle génération de compétences congolaises.
Marie Rose Mbingu
