Réfugiés congolais

Kinshasa demande d’étendre l’Accord tripartite de 2010 aux déplacés de Kwamouth
La 6e réunion de la Commission tripartite Congo-RDC-HCR s’est ouverte le 20 octobre à Brazzaville. Au programme : évaluer les acquis depuis 2019 et définir les conditions d’un rapatriement volontaire, sûr et digne.
Les délégations de la République du Congo, de la République démocratique du Congo et du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) se sont réunies ce mardi à Kintélé, à Brazzaville, pour la sixième réunion de la Commission tripartite sur le rapatriement des réfugiés congolais de RDC présents au Congo. Les travaux se poursuivent jusqu’au 22 octobre.
Les travaux ouverts sous le signe de la fraternité
Prononçant l’allocution d’ouverture au nom du Président de la République, Denis Sassou Ngouesso et du Gouvernement,
la ministre des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, Lydie Pongault a salué une ville « d’hospitalité » et rappelé que le Congo accueille depuis toujours ses frères de la RDC chassés par les conflits et l’insécurité.
Pour Lydie Pongault, la réunion doit permettre de mesurer l’application des recommandations de la 5e réunion, tenue en RDC en 2019, et d’examiner les conditions d’un retour volontaire, sûr et digne. Elle a posé une condition : aucun retour sans garanties de sécurité, de protection et de réintégration, et dans le respect du libre choix des réfugiés. Elle a aussi estimé que la stabilisation constatée dans certaines zones de retour justifie de poursuivre le dialogue et la coordination.
Kinshasa plaide pour les réfugiés de Kwamouth
Pour la RDC, la ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaïba Masudi, a remercié le Gouvernement congolais pour l’accueil de la délégation et l’hospitalité offerte aux réfugiés. Elle a rappelé que les recommandations de Kinshasa (juin 2019) avaient été freinées par la pandémie de COVID-19, avant que les violences de 2022 à Kwamouth, dans la province du Mai-Ndombe, ne provoquent de nouveaux départs vers le Congo.
D’où sa demande centrale : élargir le champ de l’Accord tripartite signé à Kinshasa le 10 juin 2010 aux réfugiés de Kwamouth, comme cela a déjà été le cas pour les déplacés d’Enyele (2009) et de Yumbi (2018). Ève Bazaïba Masudi a assuré que Kinshasa poursuit la stabilisation des zones de retour, malgré des poches d’insécurité, et prépare un Forum de paix et de réconciliation pour consolider la cohésion sociale et prévenir de nouveaux déplacements.
Eve Bazaiba a également plaidé pour que le retour ne se limite pas au voyage : les rapatriés doivent retrouver des conditions de vie décentes, avec une attention particulière aux enfants, aux femmes, aux personnes âgées et aux personnes handicapées.
Le HCR : « une ressource, non une charge »
Le HCR était représenté par Maurice Azonnankpo, son représentant en RDC, qui s’exprimait au nom de Yvette Muhimpundu, représentante du Bureau multi-pays de Yaoundé. Empêchée par des engagements antérieurs, celle-ci rejoindra les travaux demain.
Maurice Azonnankpo a rappelé que plus de 120 000 réfugiés congolais sont rentrés volontairement en RDC en seize ans. Il a salué la solidarité entre les deux pays, la RDC accueillant elle aussi, depuis des décennies, des réfugiés du Congo-Brazzaville. L’Accord de 2010 et ses Modalités pratiques, reconduits en 2019, demeurent selon lui le cadre de référence.
Le HCR insiste sur les conditions d’une réintégration durable : sécurité, services sociaux de base, documents d’état civil, accès à la terre et aux moyens de subsistance. Son message : réfugiés et rapatriés sont des acteurs du développement, et investir dans leur retour est aussi un investissement pour la stabilité et la paix.
Des recommandations attendues d’ici jeudi
Les trois parties ont exprimé le même souhait : que cette 6e Commission tripartite débouche sur des recommandations concrètes, réalistes et consensuelles. Reste à savoir si la demande de Kinshasa sur Kwamouth sera retenue. La réponse est attendue à l’issue des travaux, ce jeudi 22 octobre.
Marie Rose Mbingu
